Wiener Stadt-Bibliothek 10449 L’ARCHI - VIENNOIS PEINT D’APRES NATURE, DANS UN CATECHISME D E CARNAVAL. ' é;\ i VIENNE. 1784- 4 INTRODUCTION. De quelle religion es tu? je fuis Viennois, C’eft un Etre, qui ne fait pas lui mqme au jufte ce qu’il eft. Comment connoit on un Viennois? On le connoit, auffitôt qu’il ouyre la bouche. A 2 PREMIER CHAPITRE. De quoi traite le premier Chapitre? Il traite- dqs connoiffances néceiïaires à un Viennois. Qu'eft - ce que doit néceffairement con, noître nn Viennois ?_ S’il eft de genre mafculin , il doit de toute néceflité favoir 1. Où fe vend le meilleur vin & où il y « fête du patron de la parroiffe. 2. Combien coûte une partie de Carambole. 5, Les fîtes les plus commodes , pour le jeu de quilles. 4. Le nom & la perfonne du chien qui lance le mieux, dans le noble combat des gmimaux. 5. Le fiacre , qùi court avec la plus de rapidité & qui effraye davantage les imbécil- ies piétons*. 33* * *ï23 f ' 6. En qualité à’AcceffiJi (*), il doit pofféder le talent de jouer le Confeiller de Gour 7. De finger le Kafperle dans le 3 fo ci été s, 8. De badiner, agréablement, ( s’il - eft en fon pouvoir) fur les galanteries. (**) 9. D’amufer les Dames, par des Equivoques. 10 Enfin il doit, fur tout , pofféder la Chronique fcandaleufe du jour , ou au moins de la femaine & favoir le prix courant de toutes les pietreffes de cythére. (***) La fcience des Dames eft encore plus difficile à acquérir & demande beaucoup plus de réflexion. „ 1. Elles doivent connoître toutes les modes du jour. ___A % (*) Adjoint au furvivaneier, CD Ce feroit offenfer la délicatefle & la fagacité des Leéteurs de bon ton de périphrafer un auffi joli mot, admirablement imaginé , pour gazer une chofe auffi perfide. (***) La tendreffe de leur complexion leur mé- riteriot également le titre de foeurs de la compaffion. w 253*— z. Les moyens de tromper la vigilance de de leurs parens & de leurs tendres époux. 5, Quels font les meilleurs danfeurs d’allemandes. 4. Où fe débitent les meilleures glaces. 4; Elles font obligées, en confcience, de réformer la nature marâtre , en fe rendant plus grandes de moitié, qu’elle n’a eu inten- ûtm de les faire. < 5 . D’abforber par kur dépenfe plus que le mari n’a de 4 revenus. 5. De connoître les réglés du jeu & de la danfe, avant celles du Catéchifme & du bon fens , fous peine de ne favoir que dire en compagnie. 8. Elles doivent connoîtfe toutes les efpeces de divertiffemens. Sa v o ir évaluer le mérite de leurs adorateurs , fuivant le nombre des paillettes d’or & d’argent, qui brillent fur leur veftes. 10. Enfin il eft indifpenfable pour elles d’avoir à 12 ans un fond de connoiifances acqûifeS, fupérieur à tout ce que farcit, dans le dernier fïècle, une filte de 2ç. 7 m Quel eft le fujet du fécond Chapitre ? Ce font les vertus théologales des Viennois, Qu’entendez-vous par ces vertus? J’entends : La foi, L’efpérance, La charité. Quelle eft la croyance du Viennois ? Le Viennois mafculin croit : i. Qu’on ne jouit de la vie , nulle fart mieux qu’à Vienne. a. It croit parler la langue allemande. 3. Il s’imagine être Anglais, quand S dont» des pick-nicks , qu’il boit du punch & qu’il porte un chapeau rond. 4. Qu’il n’a plus rien à apprendre , quand il a eftropié un peu de latin, pendant deux ou trois ans, fur les bancs d’un collège. 5. Que tous les habitans de l’Empire font Souabes. A 4 33T 1 ”*23 ■ÎÎ*5-8-ïS La 4e. le combat des animaux & le niellé aux boeufs, La çe. une partie de Woyta. La 6e. fêtes & dimanches de fe planter de bout fur le Graben , la bouche béante , les yeux hagards & l’efprit en campagne, à .... quand ils me l’auront dit, je vous le dirai. La 7e, une falle de danfe. La 8e. un habit neuf, d’étoffe & garni- ture de contrebande. Quelles font les béatitudes des Vien- noifes? Elles confiftent dans les articles fuivans: 1. Une belle garderobe & encore un plus bel équipage. 2 . Une longue toilette , après un long fommeil, 3. Du caffé & un goûter de fàntaifie. Perfonnage inimitable , au fentiment des con- jioifîèurs Viennois & bien fupérieur à tous les Polichinelles & Arlequins de Naples t & de Rome & de Paris, 4. Un peu de médifance, fut- ce même au détriment de leur amies. ç. L’opéra, le concert, la comédie, la-redoute* ■& le jeu. - 6. De riches cadeaux , quand même ils viendroient de la main du mari. 7. Un ami de la maifon, qui foit aimable. 8. Un tête à tête, longtems défiré, & à l’abri des importuns. IV. CHAPITRE. De quoi s^agit - il dans le quatrième Chapitre? Il s’agit des péchés des Viennes. Combien les Viennois ont-ils de fortes des péchés? Ils en ont de trois fortes, fav’oir; 1. Les péchés mortels. 2 . Les péchés-, qui crient vengeance au ciel/ I ? Quels sont les io. Commandemens des Viennoises ? Ces sont les suivans: i) A quelque prix que ce soit, tu ne manqueras aucune redoute , ni concert de nuit, ni feu d’artifice. s) Une fois devenue Gnadige Frau, tu ne monteras plus en fiacre et tu trotteras plutôt, jusqu’au jarret dans la fange. 3) Tu vêtiras toujours au-dessus de la condition et tu ne seras jamais ïa derniere à suivre une mode. 4) Tu regarderas effrontément tous les jeunes gens en face; un regard ferme est le miroir de l’ame et le signe d’une bonne conscience. 5) Tu «'achèteras jamaisde bonnet, d’une Marchande de modes allemande. B 6) Tu ne feras bonne mine 5 a toû mari > que lorsque tu voudras avoir de l’argent ou une robe neuve. 7) Tu n’avaleras jamais moins de de fix glaces dans une soirée. 8) Tu marcheras dans les rues , contrefaisant l’estropiée et la foule alors te regarderas, comme une Dame de haute condition, qui n’eft point accoutumée au pavé. t- 9) Tu ne liras point d’autres livres que des romans. 10^ Enfin tu distribueras des soufflets dans une assemblée publique, au moins une fois par an, afin que les cent bouches de la Renommée s’occupent de toi. ï$ Combien les Viennois ont-ils de béa* titudes ? Les Viennois comptent huit fortes de béatitudes. Ils trouvent La ire. dans un chapon de Stÿrîe, relevé de Sauer Kraut ou de moules. La Se. c’est une promenade à la campagne. La 3e. le théâtre national de Léo- poldstadt. (*) B 2 (*) C’est là que le grand Kasperle s’en ra dilatant la rate des citadins de tontes les classes* Personnage inimitable, au sentiment des connoisseurs Viennois et bien supérieur à tous les Polichinelles et Arlequins de Naples# de Rome et de Paris, £0 La 4e. le combat des animaux et le marché aux boeufs, La 5e. une partie de Woyta. La 6 e. fêtes et dimanches de se planter de bout sur la Graben, la bouche béante, les yeux hagards et l’esprit en campagne, à...» quand ils me l’auront dit, je vous le dirai. La 7e. une salle de danse. La Se. unhabit neuf, d’etoffe et garniture de contrebande. Quelles sont les béatitudes des Viennoises ? Elles consistent dans les articles suivans î 1) Une belle garderobe et encore un plus bel équipage. 2) Une longue toilette, après un long sommeil. • T^ggSSO 2r S) Du cafFé et un goutet de fantaisie. 4) Un peu de médisance, fut-ce même au détriment de leur amies. 5) L’opéra , le concert, la comédie, la redoute et le jeu. 6) De riches cadeaux * quand même ils viendroient de la main du mari. 7) Un ami de la maison, qui soit: aimable. 8) Un tête â tête , longtems désiré^ et à l’abri des importuns. IV. CHAPITRE. De quoi s’agit - il dans le quatrième Chapitre? Il s’agit des péchés des Viennois. B 3 23 o^^grso Combien les Viennois ont - ils de fortes des péchés? Us en ont de trois sortes , savoir ï O Les péchés mortels. 2) Les péchés, qui crient vengeance au cîeî» 3) Les péchés d’autrui. Qu’eft-ce qu’un péché mortel chez les Viennois? Un péché mortel, c’eft 2) Un discours raisonnable.; 2) Un livre utile. 3) Une fine plaisanterie, 4 ) De l’industrie. 5) Boire de l’eau. 6 ) Un mauvais diner, '* f) L’économie, Qu’eft-ce qu’un péché mortel aux yeux des Viennoises ? Les Viennoises considèrent comme un péché mortel: O D’appaiser elles mêmes leurs en- fans, quand ils pleurent. 2) Un visage sans rouge, ni blanc ni etc. 3) De porter un habit fait à leur taille. 4) De payer d’autres dettes que celles du jeu. 5) De ne pas prendre la premiers place sur un canapé. 6) De mettre leurs maris dans le Secret de leurs dépenses favorites. 7) De se bien porter durant toute l’année. H o**%g*o Qu’eiï qu’un péché, qui crie vengeance au ciel? Le Viennois penseroit se rendre coupable d’un tel péché. 1 ) S’il vaquoit à son emploi une minute, au delà de l’heure fixée. 2) S’il refusait une partie de plaisir. 3") S’il ne mangeoit pas des bigrjets au sucre en carnaval. Quel efl le péché, qui crie vengeance au ciel dans l’esprit d’une Viennoise ? C’est imo. de s’exposer dans les rues sans manteletj aussitôt que Monsieur son époux a obtenu la dignité de Copiste dans une Chancellerie. 2) De veiller à ce qui se passe, dans la chambre des enfans ou dans la cuisine. «5 3) De n’avoir qu’une bague à diamant, lorsqu’une de ses amies en a deux. Comment le Viennois se rend - t - il coupable du péché d’autrui? Il se rend coupable du péché d’autrui, 1) Toutes les fois qu’il s’enenyvré de vin de Champagne. 2) Par tous les boeufs à la mode, ragoûts, fricassées, soupes au jus , et rost beefs, qui allument son tempérament. 3) Par tous ses fades complimens étrangers, substitués à la bonne-hom- mie du serrement de main des vieux Germains. Comment les Viennoises contractent elles le péché d’autrui ? Elles contractent le péché d’autrui : 1) Par leurs poches, bouffantes » culs postiches, et toques de tête. 2) Par l’éducation française , qu’elles font donner à leurs enfans, en les confiant à des abbés français, Liégois Brabançons etc. et à des gouvernantes des 4. coins de l’Europe. 3) Par leur coquetterie , leurs caprices et surtout par leurs vapeurs. V. CHAPITRE. Ve quoi traite-1-on dans le dernier Chapitre ? Des oeuvres de miséricorde et des quatre derniers accidens des Viennois. Quelles sont les oeuvres de miséricorde, exercées par les Viennois ?- 2 ? O Nourrir journellement des parasites affames. 2) Porter la santé' de leurs amis, jusqu’à ce qu’ils tombent sous la table. 3) Donner le couvert à une Nymphe du Graben, nouvellement débar- que'e. 4) Vêtir des filles dans la détresse, lorsquelîes sont jolies. 5) Visiter des malades, quand il y a espérance d’héritage. 6) De'livrer les pauvres ducats » emprisonnés dans le coffre fort do leurs papas. 7) Distribuer leur patrimoine I de pauvres caffetiers et marqueurs de billards. Quelles sont les oeuvres de mise'ricorde des Viennoises ? *8 Xes Viennoises regardent, comme oeuvres de miséricorde : 1) De ne pas laisser longtems soupirer leurs amans. 2) De payer les mémoires de leurs marchands et de leurs tailleurs, après un an et un jour, sans aucun rabais* 3) D’alléger, autant qu’il est possible, les devoirs de l’état conjugal, à leurs époux, à l’aide de quelques bons amis. 4) De n’extenuer qu’à moitié leurs danseurs d’allemandes. 5) Dans une banqueroute, de partager avec leurs maris, le fruit de leurs prétentions matrimoniales. 6) De procurer un emploi à un jeune homme , à talent, lorsqu’il a perdu , avec elles, quelques centaines de ducats au jeu. 29 1) De faire enterrer leurs tendres époux , aussi promptement et aussi bon marche' qu’il est possible. Quels sont- les 4. derniers accidens des Viennois ? Ce sont imo. la consomption. 2) La goûte. 3) La banqueroute. 4, L’hôpital. Comment appeliez* vous les quatre der* niers évenemens des Viennoises. Les quatre derniers événement des Dames de Vienne sont : O L’abandon de leurs adorateurs. 2) La flétrissure de leur beaute'. 2 ) De rester de vieilles célibataires 4) De faire l’amour avec leur Créateur, quand elles se voyent négligées des Créatures. 30 APPENDI5L JLes Viennois ont-ils du goût? Ouï, les Viennois ont du goût, car ils savent distinguer un faisan d’un Chapon.. Les Viennois aiment - ils les beaux arts ? Ouï-4 ils les aiment avec passion. Quelles preuves en rapportez-vous? La preuve en l’est sous les yeux de tout le monde; car on les voit, du matin au soir, surleKohlmark, le col tendu et la bouche ouverte admirer les productions merveilleuses du sieur Loe- schenkohle. Les Viennois protegent-ils le* artistes? Ouï, les Viennois protègent les artistes, quand iis travaillent moitié pour rien, et quand ils veulent bien attendre, toute une anne'e, leur payement. Les Viennois aiment*ils leur patrie? Ouï, ils la che'rissent à tel point, qu’il n’y a rien au monde, qui puisse les en faire sortir. Tous les Viennois et les Viennoises sont-ils tels que vous venez de les dépeindre? Non,; il y a des personnes de mérite, de l’un et de l’autre sexe, parmi eux qui ont des droits à l’estime publique et qui sont l’antipode des précédées. Quel est le sort de ces estimables Viennois ? Ils sont méprisé, haïs, persécutés des Archi - Viennois. Qui sont ces Archi-Viennois ? Ce sont précisementceux, qui pensent, que dans cet ouvrage, on a satydsé $2 O'TlggZÏO et injurié la classe estimable des Viennois? Quel effet pensez - vous , que produira, sur les Viennois, le présent Catéchisme? Ils l’acheteront et le liront. — Ils en riront d’abord , ensuite «=- Ils'en diront du mai. — Mais enfin ils avaleront la prllule et ils relieront Viennois, •'îvS’-i ■.TT~